Mordre (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

(se conjugue comme Attendre ). XI e siècle. Issu du latin mordere, de même sens.
1. Serrer quelque chose entre ses dents de manière à l'entamer, y planter ses dents. Mordre une pomme. Un chien l'a mordu au bras. Il a été mordu jusqu'au sang. Mordre à belles dents . Pron. réfléchi indirect. Il s'est mordu la langue. Se les lèvres. Absolt. Un chien qui mord, qui a l'habitude de . Par ext. Se dit aussi de certains animaux dépourvus de dents, comme les oiseaux, les insectes. Être mordu par des puces. Ce perroquet m'a mordu. Intranst. Mordre à un fruit. Mordre dans un morceau de pain. En parlant d'un poisson. Mordre à l'hameçon. Ellipt. et fam. Ça mord, la pêche est bonne. Fig. et fam. Prendre du goût pour quelque chose. Le public mord, ne mord pas à cette mode. Cet élève commence à au latin. Expr. fig. Mordre la main qui vous a nourri, faire preuve d'ingratitude. Mordre la poussière, être terrassé, vaincu. Il vous fera la poussière. Mordre à l'appât, à l'hameçon, se laisser prendre à un piège. Fam. Se les doigts, se repentir vivement. Vous vous en z les doigts. Se la langue, s'arrêter au moment de dire ce qu'on ne doit ou ne veut pas exprimer. Se la langue d'en avoir trop dit, s'en repentir. Un raisonnement qui se mord la queue, qui tourne en rond, qui ne progresse pas. Prov. Chien qui aboie ne mord pas, ceux qui font le plus de bruit ne sont pas les plus redoutables.
2. Par anal. Intranst. En parlant de choses qui rongent, creusent, entament. L'eau-forte mord sur les métaux. Cette vis n'a pas mordu dans le bois, elle n'y a pas pénétré. Les pneus mordent mal sur la neige. Faire une planche, lui faire subir l'action de l'eau-forte, après avoir découvert en différents endroits, à l'aide d'une pointe à graver, le vernis dont elle est enduite. Par ext. En parlant d'une personne ou d'une chose qui dépasse une limite, empiète sur un espace, etc. Le joueur de tennis, le sauteur a mordu sur la ligne ou, transt., a mordu la ligne. . Dépasser, déborder. La vignette mord sur les lettres.

Mordre plus avant dans l'étoffe, faire la couture un peu plus loin du bord de l'étoffe, pour qu'elle ne se défasse pas



Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

("Je mords, tu mords, il mord; nous mordons. Je mordais. Je mordis. Je mordrai. Mords. Que je morde. Que je mordisse. Mordant. Mordu.") Serrer avec les dents de manière à entamer. "Un chien l'a mordu, l'a mordu au bras. Ce chien mord les passants, leur mord les jambes. Être mordu par un chien enragé. Il s'est mordu la langue. Il l'a mordu jusqu'au sang." Absolument, "Ce chien mord cruellement. Mordre dans un morceau de pain."
Par extension, il se dit aussi des Oiseaux, de quelques insectes et de la vermine. "Le perroquet mord. Cet enfant est tout mordu de puces."
Fig. et fam., "Mordre le sein de sa nourrice," Se montrer ingrat.
Fig. et fam., "Se la langue," S'arrêter au moment de dire ce qu'on ne doit ou qu'on ne veut pas exprimer. "J'allais en trop dire : je me suis à propos mordu la langue." On dit aussi "Se la langue d'avoir parlé," S'en repentir.
Fig. et fam., "S'en les doigts, s'en les pouces," Se repentir d'une chose qu'on a faite. "J'ai eu trop de confiance en lui, je m'en mords les doigts."
Prov. et fig., "Chien qui aboie ne mord pas." Voyez CHIEN.
Fig. et fam., "Mordre à la grappe," Saisir avec empressement une proposition, croire aveuglément à une promesse.
Fig. et fam., "Mordre à l'hameçon," se dit d'une Personne qui se laisse séduire par une proposition qui cachait un piège.
Fig., "Mordre la terre," Être terrassé. "Il a fait la terre à son adversaire."
Poétiquement, "Mordre la poussière," Être renversé, tué dans un combat.
MORDRE signifie familièrement Prendre du goût pour une étude, y faire des progrès. "Cet enfant commence à au latin."
Il se dit figurément de Plusieurs choses inanimées qui rongent, qui creusent ou qui percent. "L'eau-forte mord sur les métaux. L'eau- forte n'a pas assez mordu sur cette planche. La lime ne mord point dans l'acier bien trempé. Le burin a trop mordu en cet endroit. L'ancre n'a pu sur ce fond de rocher."
"Cette vis n'a pas mordu dans le bois," Elle n'a pas pénétré dans le bois.
"Les dents de cette roue ne mordent pas assez sur le pignon," Elles n'engrènent pas assez.
En termes de Pêche, il signifie saisir l'appât. "Le poisson mord, ne mord pas."
En termes de Gravure, "Mordre une planche," ou "Faire une planche," Lui faire subir l'action de l'eau-forte, après avoir découvert en différents endroits, à l'aide d'une pointe à graver, le vernis dont elle est enduite.
MORDRE, en termes de Typographie, signifie Dépasser, déborder. "La vignette mord sur les lettres," Elle avance sur les lettres.
En termes de Couture, "Il faut plus avant dans l'étoffe," Il faut faire la couture un peu plus loin du bord de l'étoffe, pour qu'elle ne se défasse pas.
MORDRE signifie, au figuré, Médire, reprendre, critiquer, censurer avec âpreté. "Il cherche à sur tout. Il n'y a point à sur sa conduite. Il ne donne point à sur lui."



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   Entamer avec les dents. Un chien enragé l'a mordu. Il a été mordu d'une vipère.
J. J. ROUSS.: « Dans le premier transport de ma douleur, je me jetai sur le glacis et je mordis la terre »
V. HUGO: « Qui leur eût dit que.... Les chevaux de Crimée un jour mordraient l'écorce Des vieux arbres du grand Louis ? »
    Fig.
PASC.: « Rien que la médiocrité n'est bon ; c'est la pluralité qui a établi cela, et qui mord quiconque s'en échappe par quelque bout que ce soit »
A. DE MUSSET: « Un pâle pamphlétaire.... S'en vient, tout grelottant d'envie et d'impuissance, Sur le front du génie insulter l'espérance, Et le laurier que son souffle a sali »
    Fig. Mordre le sein de sa nourrice, se montrer ingrat.
VOLT.: « Ne mordez jamais le sein de vos nourrices »
    Fig. Se la langue, voy. LANGUE.
    Se les lèvres de dépit, de rage, etc.
RÉGNIER: « De rage, sans parler, je m'en mordais la lèvre »
LA FONT.: « Mordant ses lèvres de dépit »
VOLT.: « Si quelqu'un disait un bon mot, les autres baissaient les yeux et se mordaient les lèvres de douleur de ne l'avoir pas dit »
    Fig. Se les lèvres, signifie aussi se montrer étonné, surpris.
FÉN.: « Il [Télémaque] parle ainsi, et tous ces princes se mordent les lèvres et ne peuvent assez s'étonner de la vigueur avec laquelle il vient de parler »
    S'en les doigts, s'en les pouces, se repentir d'une chose qu'on a faite.
TH. CORN.: « Car on tient que, deux jours après son mariage, Il s'en mordit les doigts »
VOLT.: « Je crois que Lambert se mordra les pouces de m'avoir réimprimé ; dix volumes sont durs à la vente ; Dieu le bénisse et ceux qui liront mes sottises ; pour moi je voudrais les oublier »
    Se les doigts, ses doigts, ronger ses doigts avec les dents, pendant qu'on est plongé dans la méditation et le travail.
BOILEAU: « Dès que j'y veux rêver [à louer], ma veine est aux abois ; J'ai beau frotter mon front, j'ai beau mes doigts »
    Mordre ses ongles, se ronger les ongles avec les dents ; et fig. se travailler l'esprit pour faire quelque composition en vers ou en prose.
    Fig. et familièrement. Je ne sais quel chien l'a mordu, je ne sais quel caprice le prend.
MOL.: « Quelque chien enragé l'a mordu, je m'assure »

 2   Par extension, entamer avec le bec ou les suçoirs, se dit en parlant des oiseaux, des insectes. Le perroquet le mordit. Cet enfant est tout mordu de puces.

 3   Absolument. Ce chien est dangereux, il mord. Mordre dans un morceau de pain.
VOLT.: « Nos dogues mordent par instinct de courage, et lui par instinct de bassesse »
BUFF.: « Il [l'agouti] mord cruellement »
    Fig. Il [J. B.
VOLT.: « Rousseau] a fait une épigramme sanglante contre vous ; elle commence ainsi.... Ce malheureux veut toujours et n'a plus de dents »
    Mordre jusqu'au sang, serrer entre les dents jusqu'à ce que le sang vienne.
VOLT.: « Il mord jusqu'au sang, en faisant sembler de baiser la main ; il sera mordu de même »
    Mordre à l'hameçon, se dit du poisson qui saisit l'appât et l'hameçon.
AMEILHON: « S'il était des poissons dont la pêche réussissait lorsque la lumière du jour avait disparu, d'autres aussi ne mordaient jamais à l'hameçon ou n'approchaient jamais des filets dans les ténèbres »
    Fig. Mordre à l'hameçon, se laisser séduire par une proposition qui a été faite pour tromper, pour surprendre.
LESAGE: « Charmé de ce qu'il mordait si bien à l'hameçon »
    Fig. Il mord à la grappe, il trouve agréable ce qu'on lui dit, ce qu'on lui propose.
LESAGE: « Elle s'aperçut que nous mordions à la grappe »
    Fig. Mordre à quelque chose, y prendre goût, y faire des progrès. Ce jeune homme mord aux mathématiques.
CH. DE SÉVIGNÉ: « Comme elle [Pauline, la nièce de M. de Sévigné] a, ainsi que son oncle, la grossièreté de ne pouvoir aux subtilités de la métaphysique »
    Il n'y saurait , il ne peut comprendre, il ne peut réussir, et aussi il aspire à une chose à laquelle il ne saurait parvenir.

 4   Poétiquement. Mordre la poudre, la poussière, la terre, être tué dans un combat.
CORN.: « ....Dont la main.... Met Égée en prison et son orgueil à bas, Et fait la terre à ses meilleurs soldats »
RAC.: « J'ai fait la poudre à ces audacieux »

 5   Ronger, creuser, percer, en parlant de certaines choses qui exercent ces actions.
CHATEAUBR.: « Les flots du lac, poussés par le vent, mordaient leurs rivages »
V. HUGO: « L'onde incendiaire [l'océan de flamme qui dévore Sodome] Mord l'îlot de pierre Qui fume et décroît »
    Terme de gravure. Mordre une planche, ou faire une planche, lui faire éprouver l'effet de l'eau-forte.
    Terme de teinturier. L'étoffe mord la teinture, prend la couleur.

 6   V. n. Exercer une action corrosive, entamer. L'eau-forte mord sur les métaux. L'eau-forte n'a pas assez mordu sur cette planche. La lime ne mord pas dans l'acier trempé.
BUFF.: « La rouille y mord [sur les fers] avec mille fois plus d'avantage que sur ceux dont la surface est garantie par la trempe »
SÉGUR: « Un chemin de glace où les pieds des chevaux, couverts d'un fer usé et poli, ne pouvaient pas »

 7   Terme de marine. Se dit de l'ancre dont la patte inférieure s'enfonce dans le sol.
    Le vent mord au nord, il tend à passer vers le nord.

 8   Faire impression sur.
LA FONT.: « La Parque et ses ciseaux Avec peine y mordaient [sur le sanglier] ; la déesse infernale Reprit à plusieurs fois l'heure au monstre fatale »
    Absolument. Terme de peinture. Se dit des couleurs qui s'attachent à la toile.

 9   Empiéter.
    Mordre dans un mur, avancer dans un mur. Cette pièce de bois ne mord pas assez avant dans le mur pour y tenir ferme.
    Terme de couturière et de tailleur. Il faut plus avant dans l'étoffe, il faut faire la couture un peu plus loin du bord de l'étoffe, pour qu'elle ne se défasse pas.
    En termes d'imprimerie, la frisquette mord, les bords de la frisquette empêchent quelques portions de papier de recevoir l'impression.
    Les dents de cette roue ne mordent pas assez sur les ailes du pignon, elles n'engrènent pas assez.

 10   Fig. Faire une critique de quelqu'un ou de quelque chose comparée à une morsure.
MALH.: « Elle va d'un pas et d'un ordre Où la censure n'a que »
RÉGNIER: « Ainsi sur chaque auteur il trouve de quoi »
BALZ.: « Leurs louanges mordent, leurs caresses égratignent »
LA FONT.: « Esprits du dernier ordre, Qui, n'étant bons à rien, cherchez sur tout à .... »
SÉV.: « Que dites-vous de la beauté de cette retraite [du cardinal de Retz] ? le monde, par rage de ne pouvoir sur un si beau dessein, dit qu'il en sortira »
SÉV.: « Votre peinture du cardinal Grimaldi est excellente ; cela mord »
RAC.: « Belle conclusion et digne de l'exorde. - On l'entend bien toujours : qui voudra y morde »
Mme DE CAYLUS: « Pour ne pas donner à la médisance le moindre sujet de , on convint que des dames respectables et les plus graves de la cour seraient présentés à cette entrevue »
VOLT.: « L'envie veut , l'intérêt veut gagner »
GILB.: « Dira-t-on qu'en des vers à disposés Ma muse prête aux grands des vices supposés ? »
GILB.: « Chacun, vous dénonçant à la haine publique, Se dit : fuyez cet homme, il mord, c'est un critique »
    Fig. Mordre en riant, faire, tout en plaisantant, quelque reproche incisif.

 11   Se , v. réfl. Se faire une morsure à soi-même. Il s'est mordu en mâchant.
    Se faire des morsures l'un à l'autre. Ces chiens se sont mordus cruellement.
    Fig. Ils ne se mordront pas, se dit de gens fort éloignés l'un de l'autre.
    Fig. Se déchirer, se faire du mal.
VOLT.: « Très sots enfants de Dieu.... Ne vous mordez donc plus pour d'absurdes chimères »

PROVERBES
    Cela ne mord ni ne rue, se dit d'une chose indifférente.
    S'il t'égratigne, mords-le, se dit à quelqu'un pour l'exciter à se battre, à se venger.
    C'est un beau mâtin s'il voulait , se dit d'un homme qui paraît avoir tout ce qu'il faut pour faire une chose, sauf la volonté, le courage, etc.
    Tous les chiens qui aboient ne mordent pas, se dit, en méprisant, des menaces.
    Chien qui aboie ne mord pas, c'est-à-dire ceux qui font le plus de bruit ne sont pas les plus à craindre.
    Mordu de chien ou de chat, c'est toujours bête à quatre pattes, c'est-à-dire : que le mal nous arrive par celui-ci ou par celui-là, c'est toujours la même chose.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. LVI: Al destre bras lui morst uns vers [verrat] si mals
     ib. CLXXXIII: Et porc et chien le mordent et defoulent
    XIIIème siècle
     la Rose, 8194: Et povreté fait pis que mort, Car ame et cors tormente et mort, Tant cum l'ung o [avec] l'autre demore
     ib. 10488: Briement les nommerai sans ordre, Por plustost à ma rime
J. DE MEUNG: « Penssons que, quant li homs est ou travail de mort, Ses biens ne ses richesces n'i valent un chat mort, Ne li pueent oster l'angoisse qui le mort, Ne ce dont conscience le reprent et remort »
    XIVème siècle
H. DE MONDEVILLE: « Tenailles à ce porpocionées, à ce que il [elles] puissent la chose qui est fichée enz »
ORESME: « Philotecles qui avoit esté mors d'un serpent appellé vipere »
    XVème siècle
COMM.: « [à la bataille de Montlhéry] du costé du roy fust un homme d'estat, qui s'enfuit jusques à Luzignan, sans repaistre ; et du costé du comte [de Charolois], un autre homme de bien jusques au Quesnoy-le-Comte ; ces deux n'avoient garde de se l'un l'autre »
    XVIème siècle
RAB.: « Lequel en son epitaphe se complainct estre mort pour estre mords d'une chatte au petit doigt »
LANOUE: « À present, quand on void quelcun à la cour avec l'habillement de l'an precedent, on lui dit : nous le conoissons bien ; il ne nous mordra pas »
LANOUE: « Quand quelqu'un estoit noté d'estre querelleux, on le fuyoit comme un cheval qui mord ou qui rue »
LANOUE: « Comme ceste avant garde faisoit bonne mine, ceulx de la religion ne l'osoyent aller »
LANOUE: « M. le mareschal d'Anville estoit alors mordu des calomniateurs qui l'accusoyent d'avoir intelligence avec son cousin l'admiral »
CALV.: « Mordre en riant »
PARÉ: « Douleur poignante et mordante »
PARÉ: « Piqués ou mordus des bestes venimeuses »
PARÉ: « Je fus mords d'une vipere au bout du doigt index »
PARÉ: « Lorsque la partie morse devient purpurée, noire ou verdoyante »
MONT.: « Si j'oyois faire quelque conte où je ne peusse pas .... »
MONT.: « Socrates avoit seul mordu à certes au precepte de se cognoistre »
MONT.: « Il faut leur faire baisser la teste et la terre soubs l'auctorité »
MONT.: « Une volupté cuisante et mordante »
AMYOT: « Il adjouxta à son dire ce traict de risée : Un homme mort ne mord point »
AMYOT: « Bien souvent les sages et vrayes remonstrances mordent et irritent ceulx qui sont en malheur »
COTGRAVE: « On ne sçait qui mord ni qui rue »
ID.: « Tel rit qui mord »

ÉTYMOLOGIE
    Provenç. ; espagn. et portug. morder ; ital. mordere ; du latin mordere ( 1er e long). Le français et le provençal ont rendu brève la syllabe de, dit mordere ( 1er e bref), et reculé l'accent ; d'ailleurs le supin morsum et le parfait momordi se rapportent à un mordere ( 1er e bref) plutôt qu'à un mordere ( 1er e long) ; et il est possible que les langues romanes représentent une forme archaïque conservée populairement. Mordere se rattache au radical sanscrit mard, broyer.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


("Je mords, tu mords, il mord; nous mordons. Je mordais. Je mordis. Je mordrai. Mords. Que je morde. Que je mordisse. Mordant. Mordu.") Serrer avec les dents. "Un chien l'a mordu, l'a mordu au bras. Ce chien mord les passants, leur mord les jambes. Être mordu d'un chien enragé. Il s'est mordu la langue."
Il s'emploie aussi absolument. "Ce chien mord, mord bien serré. Les poissons mordent à l'hameçon. Mordre dans un morceau de pain."
Prov. et fig., "Se la langue," S'arrêter au moment de dire ce qu'on ne doit ou qu'on ne veut pas exprimer. "J'allais lui dire quelque chose de mortifiant, je me suis à propos mordu la langue." On dit aussi, "Se la langue d'avoir parlé," S'en repentir.
Prov. et fig., "S'en les doigts, s'en les pouces," Se repentir d'une chose qu'on a faite. "J'ai eu trop de confiance en lui, je m'en mords les doigts."
Prov. et fig., "Chien qui aboie ne mord pas," Ceux qui font beaucoup de bruit ne sont pas les plus à craindre.
Prov. et fig., "Mordre à l'hameçon," se dit D'une personne qui se laisse séduire par une proposition qu'on lui a faite pour la surprendre.
Fig. et fam., "Mordre à la grappe," Saisir avidement une proposition, croire aveuglément à une promesse.
Poétiq., "Mordre la poussière," Être tué dans un combat.
Fig. et fam., "Il n'y saurait ," se dit D'un homme qui aspire à une chose à laquelle il ne saurait parvenir. Il se dit encore De celui qui ne peut comprendre une chose, ou qui n'a pas de goût pour l'étudier. On dit dans le sens contraire, "Cet enfant commence à au latin."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi Des oiseaux, de quelques insectes, et de la vermine. "Le perroquet mord. Cet enfant est tout mordu de puces."
Il se dit figurément De plusieurs choses inanimées qui rongent, qui creusent ou qui percent. "L'eau-forte mord sur les métaux. L'eau-forte n'a pas assez mordu sur cette planche. La lime ne mord point dans l'acier bien trempé. Le burin a trop mordu en cet endroit. L'ancre n'a pu sur ce fond de rocher."
En termes de Gravure, "Mordre une planche", ou "Faire une planche," Lui faire éprouver l'effet de l'eau-forte, après avoir découvert en différents endroits, à l'aide d'une pointe à graver, le vernis dont elle est enduite.
En termes d'Imprimerie, "La frisquette mord," se dit Lorsqu'un ou plusieurs des bords de la frisquette couvrent quelques portions de page, et les empêchent de recevoir l'impression. "La vignette mord sur les lettres," Elle avance sur les lettres.
En termes de Couturière et de Tailleur, "Il faut plus avant dans l'étoffe," Il faut faire la couture un peu plus loin du bord de l'étoffe, pour qu'elle ne se défasse pas.
"Les dents de cette roue ne mordent pas assez sur les ailes du pignon," Elles n'engrènent pas assez.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie figurément, Médire, reprendre, critiquer, censurer avec malignité. "Il cherche à sur tout. Il n'y a point à sur sa conduite. Il ne donne point à sur lui."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

Je "mords", tu "mords", il "mord;" nous "mordons", etc. Je "mordois", ou "mordais", je "mordis", j'ai "mordu", je "mordrai", je "mordrois" ou "mordrais". "Mords"; que je "morde", je "mordisse"; "mordant", "mordu".
- 1°. Au propre, serrer avec les dents. 'Ce chien "mord les" passans. 'Cet enfant "a mordu" sa nourrice = Par extension, on le dit des oiseaux, et même des insectes, quoiqu'ils n'aient point de dents.
- 2°. Au figuré, médire, critiquer. En ce sens, il est "neutre". 'Il "mord", il pince tout en riant. 'Il cherche à " sur" tout. 'Il n'y a pas à " sur" sa conduite.
   Esprit du dernier ordre,
   Qui, n'étant bon à rien, cherchez "sur" tout à "mordre".
       "La Font."
On dit assez élégamment, même en prôse, "faire la poussière à", terrasser, tuer. 'Ils firent " la poussière à" leurs énemis. L. T. = En parlant de sciences, "n'y pas ", n'y rien comprendre. = On dit, en manière de proverbe: "un aveugle y mordrait"; cela est si clair, qu'un aveugle même le pourrait voir. = "Il vaut autant être mordu d'un chien que d'une chienne;" de quelque côté que viène le mal, on y est sensible. = "Au chien qui mord, il faut jeter des pierres;" tout le monde devrait se réunir contre les médisans. = "Tout chien qui aboie ne mord pas", tous ceux qui menacent ne font pas toujours grand mal. = Il "s'en mordra les doigts", ou "les pouces;" il s'en repentira. = "Mordre à l'hameçon", ou "à la grape", écouter avec plaisir une proposition; la recevoir volontiers.




Emplacement dans le dictionnaire :

mordant
mordelle
mordette
mordicant
mordicus
mordillé
mordiller
mordoré
mordorure

mords
more
mõre
môre
more ou maure
moreau
morées
morelle
moresque
moret ou mouret
morfondre




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...gros ballon triste, flottant dans l'air à quelques mètres au-dessus des eaux. La pêche allait assez vite ; en regardant dans l'eau reposée, on voyait très bien la chose se faire : les morues venir mordre, d'un mouvement glouton ; ensuite se secouer un peu, se sentant piquées, comme pour mieux se faire accrocher le museau. Et, de minute en minute, vite, à deux mains, les pêcheurs rentraient leur...


Citation n°2 de Alfred JARRY (Ubu Roi)

...de faim. Mère Ubu, tu es bien laide aujourd'hui. Est-ce parce que nous avons du monde ? Mère Ubu, haussant les épaules. -merdre ! Père Ubu, saisissant un poulet rôti. -tiens, j'ai faim, je vais mordre dans cet oiseau. C'est un poulet, je crois. Il n'est pas mauvais. Mère Ubu. -que fais-tu, malheureux ? Que mangeront nos invités ? Père Ubu. -ils en auront encore bien assez. Je ne toucherai...


Citation n°3 de Émile MOSELLY (Terres lorraines)

...: un geai piaillait dans une cage, un hérisson tantôt se roulait en boule, et tantôt égratignait le plancher de son trottinement menu ; un jeune renard, enchaîné au pied de la table, cherchait à mordre, dès qu'on l'approchait. On respirait une odeur pénétrante de fruits sauvages, mûrissant sur les rayons du placard. Il savait, ce vieux garde, dans quel tronc de chêne creux les abeilles faisaient...


Citation n°4 de Paul ADAM (L'Enfant d'Austerlitz)

...hurlèrent et gémirent. Enveloppé dans les cinglements du fouet, l'animal s'élança, la queue sous le ventre, le corps dardé pour la fuite. Deux fois la lanière lui coupa le poil roux. Omer crut mordre comme mordait le cuir du fouet. Il serra les dents. Un long cri du chien se lamenta. L'enfant trépigna de bonheur. Il était la cause de ce qui domptait. Dorénavant son astuce ménagea de semblables...


Citation n°5 de Paul ADAM (L'Enfant d'Austerlitz)

...du geste libérateur. Bientôt ils l'estimèrent dangereux, ces garçons aux rageuses étreintes, et qui rompaient d'un seul coup les bâtons. De la lutte, Omer se relevait toujours, hargneux, prêt à mordre, les poings devant, et il pouvait reconquérir le bonnet de police, son insigne, enlevé par l'insolence d'un faquin. Sa tête saisie dans un bras, et si étroite que fût la serrée, Omer parvint...


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